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Vos nouvelles, poèmes...

  • Conte "Métamorphose"

    IIl était une fois, un pays éloigné de notre monde, un pays soi-disant inaccessible. Personne n’osait s’y aventurer par crainte de ne jamais pouvoir revenir. Des bruits couraient que certains petits malins avaient eu la curiosité de s’y rendre, on ne les a jamais revus.
    Si malgré tout, quelque courageux serait tenté d’entreprendre cette aventure, nul ne saurait où il mettrait les pieds, il devrait marcher, marcher, surtout ne pas s’arrêter devant les obstacles même si des bruits bizarres à chaque pas résonnent de tous côtés. 

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  • Nouvelles "Avec le temps"

    Une  faible fumée d’un blanc grisâtre s’échappait légèrement de la cheminée  sans interruption.

     De ma fenêtre j’apercevais cette longère où vivait seule depuis de nombreuses années une femme d’un certain âge. Je me demandais pourquoi attisait-elle un feu en cette saison, que faisait-elle brûler, aucune odeur ne me parvenait. 

    Ses enfants lui font parfois une visite éclair, surtout pour déposer ce dont ils ne veulent plus, chaque jour elle les attend, mais en vain, résignée brûle-t-elle ces objets inutiles pour elle ? 

    Je l’imagine plutôt faire le tri de tout ce qu’elle a accumulé au cours de sa vie, ces années bien remplies. Je l’imagine chaque soir relire à voix haute une ou deux lettres que son mari lui écrivait au temps de leurs fiançailles, elle les connait par cœur, je l’imagine s’endormir bercée par ces mots qui lui ont fait tant de bien.

    Le lendemain, près de la cheminée, hésitant avant le geste fautif, elle déplie délicatement la lettre lue la veille puis la dépose sur la braise. Les mots se consument doucement sous ses yeux, tout comme cet amour vécu près d’Antoine il y a bien longtemps, ces années trop brèves. Il lui est difficile de voir partir en fumée  ce qui lui a procuré tant d’émotions.

    Élise se souvient. Antoine empilait ses livres sur tous les meubles, chacun avait sa raison d’être posé là, elle n’osait pas les déplacer. Vers 21 heures il se retirait au salon, prenait des notes ou s’évadait dans ses lectures.

    Dans son enfance il avait été privé de livres, à sa disposition il n’y avait que le journal local mais il n’était pas autorisé de le lire. Son père lui disait "ça ne concerne pas les gamins de ton âge, tu liras bien assez tôt les mauvaises nouvelles".

     Dès ses dix ans, il disait à qui voulait bien l’écouter, que plus tard il sera le maitre d’école de son village, ce qu’il fit dès ses études terminées. Comme il avait grandi au pays, connu de tous les habitants, le maire avait tout fait pour le garder après l’inauguration de l’unique classe de la commune. Dans sa classe la discipline était de rigueur, du haut de l’estrade il était le maitre d’école, le soir il était le maitre de la famille.

    Élise se souvient. En fin de journée elle remettait la classe en ordre, préparait le poêle à bois pour le lendemain. Combien de fois a-t-elle lavé à la main les blouses grises tâchées d’encre noire, les pantalons blanchis par la craie, elle ne les a pas comptés, elle était fière de sa tâche.

    Leur maison était accolée à l’école. Le Jeudi, Antoine troquait sa blouse grise pour une veste  en prince de Galles, Il endossait le rôle de secrétaire de mairie, recevait les doléances des habitants, les aidait à remplir les formulaires, écoutait les difficultés de chacun comme s’il faisait partie de la famille, mais rentré à la maison il était une tombe.

    Élise se souvient. Dès ses quatorze ans elle est entrée dans une école pour se former à la couture. A huit ans elle créait déjà des robes qu’elle brodait pour ses poupées de porcelaine, elle rêvait d’entrer  chez Dior, un rêve de petite fille vite étouffé. Sa mère lui disait « on verra ça plus tard, fais ton école de couture, ça te servira toujours quand tu seras mariée, mais ma fille crois-moi, le salon des arts ménagers te serait plus utile». Pousser les portes d’un atelier de grand couturier, elle n’en parlait plus, la page était tournée. Le mariage est arrivé, les enfants n’ont pas tardé, elle avait été éduquée pour ça.

    Élise se souvient. Elle confectionnait les vêtements pour ses enfants, en créait de nouveaux dans des anciens,  ils paraissaient  comme neufs. Le bruit courut vite à l’école qu’elle travaillait très bien pour un prix modique, elle proposa donc ses services jusqu’aux villages alentours.

    Élise installa son atelier dans une petite pièce servant jusqu’à ce jour de débarras, c’était son lieu à elle, Antoine n’y mettait jamais les pieds. Des photos de mode décoraient les murs ainsi que les tracés des modèles qu’elle créait. Sur une étagère, des petits bocaux contenaient des boutons de toutes couleurs, de toutes matières, en forme de coquillages ou de fleurs, récupérés d’anciens vêtements, les enfants se faisaient un plaisir de les trier. Entre les dentelles, galons et rubans pendaient sur des tringles en bois. Les bobines de fil aux teintes très variées étaient rangées dans des boites transparentes. 

    Une planche assez large posée sur deux tréteaux servait de table où la machine à coudre était installée, en prolongement un espace permettait de tracer les patrons dans du papier journal, ou d’étaler un coupon de tissus à plat avant la coupe. De quelques chutes colorées naissaient des marionnettes ou des doudous. Les femmes aux petits moyens ne pouvant renouveler leur vestiaire se faisaient plaisir à peu de frais, auprès d’Élise elles discutaient de tout et de rien, elles se sentaient bien entre elles.

    Au printemps, les mariages s’annonçant, l’atelier se parait de mousseline de soie, d’organdi, de fines dentelles. Avec les chutes, elle enroulait pliait tourniquait découpait des petites fleurs blanches et roses qu’elle décorait de fines perles. A l’essayage, la future mariée  très émue imaginait ce grand jour, ainsi que sa prochaine vie. La mère accompagnait sa fille pour l’essayage, donnait son avis, elle avait encore son mot à dire mais plus pour longtemps.

    L’atelier de couture laissait une odeur particulière, comme un parfum fleuri. Avant de rejoindre leur chambre, les trois enfants pointaient leur nez, chipaient en cachette un petit bout de tissus qu’ils caressaient en s’endormant.

    Les petits élèves de l’école communale, devenus grands partirent en ville pour suivre des études, la relève n’étant pas assurée l’unique classe a fermé, les lourds rideaux de toile bleue rayés ont été tirés définitivement. Avec regret, Antoine a dû rejoindre une école plus éloignée à la ville, il a dû s’adapter à cette autre vie, se plier aux nouvelles méthodes, il n’était plus le maître à bord pour décider. 

    Le maitre d’école a échangé sa blouse grise contre un blouson en jean, laissant son col de chemise ouvert  pour faire plus jeune pensait-il.

    Le premier mois il rentrait un jour sur deux au village, puis en fin de semaine. Le temps passant, les retours s’espaçaient un peu plus jusqu’à ce qu’il ne revienne plus du tout. Il avait pris goût à sa nouvelle vie ainsi qu’à une nouvelle compagnie. 

    Les enfants du couple ont poursuivi leur scolarité en internat, eux aussi ont découvert un autre mode de vie, de nouvelles rencontres aux milieux différents.

    Élise est restée seule, il fallait bien garder la maison. Elle cousait de moins en moins, coudre pour qui, coudre pourquoi, le cœur n’y était plus, le prêt-à-porter au prix abordable fit son apparition, les clientes se faisaient plus rares, ses enfants encore plus rares, seulement aux congés scolaires. Antoine se manifestait parfois, surtout pour régler des questions matérielles, il ne parlait pas de sa nouvelle vie, elle ne posait pas de questions.

    Élise se souvient. Ce soir comme tous les soirs, elle reste pensive. Les lettres d’autrefois sont brûlées, la braise est éteinte tout comme ses rêves passés. Son amour s’est envolé en fumée depuis bien longtemps, Il  ne reste plus que les cendres.                        

    Annick D.

  • Nouvelle "L’absence"

    L’Automne touche à sa fin, le ciel devient plus bas, plus gris, quelques feuilles jaunies devenues fragiles s’accrochent aux branches avant d’être desséchées. La nature s’endort en attendant les jours meilleurs.

    À sa fenêtre, le vieil homme reste pensif, lui aussi est à l’automne de sa vie.

     Chaque matin, si le ciel le permet, Léon se prépare pour sa rituelle promenade au jardin .Chaussé de ses sabots de cuir à semelles de bois, Il enfile sa longue veste en velours côtelé,  enfonce jusqu’aux oreilles sa casquette grise mouchetée, jette un coup d’œil sur le baromètre accroché près de la porte, et de son index tapote le cadran trois fois, comme s’il pouvait changer le temps. Peu lui importe les caprices du ciel, réveillant ses membres engourdis, comme chaque jour il emprunte d’un pas lent les étroites allées du potager laissé à l’abandon depuis quelques temps, en fait plusieurs fois le tour pour voir si rien n’a changé depuis la veille. Se penchant les mains croisées au bas du dos, il observe les pousses à demi enterrées jusqu’au prochain printemps, saison où la nature renaitra. 

     Dans ce lieu tant entretenu au cours de sa vie, Il aimerait retenir ces instants vécus toutes ces années. Il a planté des arbres, certains n’ont pas résisté aux caprices du climat, au ras du sol restent quelques troncs taillés où parfois il se repose les jours de lassitude.

     En fin de journée, le vieil homme songeur s’assoit au fond du jardin, à l’ombre d’un chêne plus que centenaire, il lui parle de ses questionnements comme à un être vivant. Que de fois a-t-il répété à toute la maisonnée : croyez-moi, ce chêne, me survivra.     

    A chaque évènement familial était planté un arbuste plus ou moins fragile, surtout des fruitiers. Il choisissait le bon emplacement, tenant compte de l’orientation au soleil, au vent, du gel possible. Dans le périmètre tracé au sol, les enfants creusaient de bon cœur aussi profond qu’ils le pouvaient à l’affût des vers de terre, avant de sauter à pieds joints dans le trou.  Léon plantait l’arbre bien droit, aussi droit que sa conscience, puis recouvrait les racines comme s’il cachait un trésor. Les enfants tassaient la terre avec énergie puis accrochaient au pied de l’arbuste une étiquette artistiquement décorée. La création de ces étiquettes les occupait les jours de pluie, Charles dessinait les fruits, Sophie les coloriait, Pierre les plastifiait. Le chef-d’œuvre était glissé dans un bocal posé au pied de la plantation. Chaque matin les artistes venaient voir si l’arbuste avait produit des fruits, comme nourris par la magie de la nuit, et chaque matin ils entendaient le même refrain.

    - Soyez patients mes petits, ça ne pousse pas du ciel sous le clair de lune, Il faut savoir attendre.

     Les jardiniers en herbe ont grandi trop vite, jusqu’au jour où ils ont quitté la maison, délaissant ce jardin où ils ont fait leurs premiers pas.. Depuis les arbres ont poussé, les fruits mûrissent à chaque saison, personne n’est là pour les cueillir, ils pourrissent au sol pour le plaisir des oiseaux.

    Léon va et vient dans cette maison trop silencieuse, trop grande, les jours se ressemblent. Les siens l’ont quitté depuis peu, il aurait aimé les garder plus longtemps près de lui. Il aurait aimé leur dire qu’il avait encore besoin d’eux par leur présence affective, il aurait aimé leur raconter des histoires vraies vécues autrefois, leur confier des secrets portés jusque-là comme un fardeau, leur redire ce qu’ils n’ont pas voulu entendre, c’est sans importance répondaient-ils. 

     Comme dans son jardin, Il a semé des graines d’idées, des bonnes des mauvaises, ces graines ensemencées se reproduiront ou pourriront, il a fait au mieux, chacun tracera son chemin comme bon lui semblera.

    Pour lui tenir compagnie, seul reste les photos jaunies par le temps. Les jours de pluie il ouvre le tiroir secret de la vieille armoire et sort les lourds albums à la couverture de cuir rouge. En haut des pages noires cartonnées sont notées les années, entre chaque page une feuille à demi transparente laisse le mystère sur ce qui suit. Sa vie défile, il s’arrête souvent sur les mêmes photos le regard fixe, reste un certain temps, tourne la page puis revient en arrière avec plus d’attention, il veut se souvenir, depuis quelques temps sa mémoire lui joue des tours. 

    Que pense-t-il, qui sont ces personnes qu’il ne reconnait pas, qui est cette femme souvent près de lui, comment a-t-il pu l’oublier, elle semble si complice à ses côtés ? Vêtue d’une robe d’été jaune à discrètes fleurs blanches, ses cheveux bruns bouclés mi- longs lui couvrent les épaules, face à lui sous son sourire coquin elle le dévore des yeux.

    Soudain, à travers la transparence de cette robe une senteur lui revient, ce parfum lui rappelle la belle Mathilde. Pour lui plaire il avait planté du muguet au fond du jardin à l’ombre du mur de pierres. Comme la floraison était éphémère, il lui offrait rituellement un flacon finement ciselé d’un brin de muguet, contenant ce parfum dont elle s’enivrait. Cette femme plutôt mystérieuse s’absentait des jours ou des semaines, emportant avec elle les fragrances de ce jardin. Il ne questionnait pas, se sentait perdu en son absence mais si heureux  en sa présence.

    Était-ce déjà pour lui les prémices de sa mémoire défaillante ? Il ne sait pas, il ne sait plus.

    Pourquoi ce soir n’est-elle pas près de lui ? Depuis son départ lui semblant loin il n’attend plus rien, sauf son retour, il n’a plus la notion du temps. Au bout de la grande allée, l’aire de muguet s’est étalée, ce parfum va-t-il l’attirer jusqu’ici, va-t-il la faire apparaitre en Mai prochain ?

    Toutes ces années passées, chaque mois faisait naitre de nouvelles floraisons embellissant les massifs. Le mimosa  annonçait la fin de l’hiver, suivi par les tulipes au printemps. Sentant l’été très proche les roses s’ouvraient exhalant leur senteur, les dahlias n’attendaient pas l’automne pour parader de leurs mille couleurs. Avant que Mathilde ne parte il lui composait un énorme bouquet, comme pour la retenir. Avec le temps rien n’y a fait, elle n’est plus revenue depuis plusieurs printemps.

    Tous ces instants de bonheur vécus ravivent parfois sa mémoire, il ferme avec précaution l’album photos, le range comme un objet précieux, sa seule richesse, toute sa vie.

     Demain comme hier, il tracera ses pas dans les allées du jardin en attendant la naissance de nouvelles pousses et peut-être le retour de Mathilde.

    Annick D

  • Nouvelle "Voir sans être vue"

    Avant même l’ouverture du supermarché, bien avant le lever du rideau métallique, la petite femme brune est déjà là depuis plusieurs heures pour briquer les allées. Le spectacle de la consommation va bientôt commencer.

    Le visage dégagé, ses longs cheveux lisses tirés en arrière sont retenus par une natte mettant en valeur ses fines boucles d’oreille en perles bleues. Elle est vêtue d’une blouse grise aux plis encore marqués par le repassage, sous cette couleur sombre elle se sent comme effacée, voire invisible, et pourtant elle est bien là, surtout quand on a besoin d’elle. Le prénom de Marie est épinglé sur la pochette de sa blouse, côté cœur, si toutefois un client est mécontent il saura vite la désigner.

    Marie est postée à l’entrée de l’allée centrale, balai à franges à la main, les yeux mi-clos comme si elle manquait de sommeil. Elle pourrait bien piquer du nez, mais elle se ressaisit, le devoir l’appelle, ce qui ne tarde pas. Allant de droite à gauche entre les clients pour faire disparaitre le moindre papier, légèrement courbée, elle arrive jusqu’au stand de fruits et légumes où il y a fort à faire voyant ces produits frais tombés au sol. Ah ! Si elle avait vu le coupable, plutôt contrariée aurait-elle osé  lui faire remarquer ce gâchis, non ce n’est pas son rôle. Elle a tant de mal à boucler ses fins de mois, de ceci bien sûr elle n’en parle pas à ses collègues.

    Marie jette un œil sur sa montre, elle sent un coup de fatigue, comme un petit creux, mais pas question de gouter la clémentine un peu abimée qui pourtant ne sera pas vendable, elle  risquerait de perdre son emploi, ce serait un pépin pour sa famille. Même à tort, le client a toujours raison, alors elle restera sur sa faim.

    Marie sourit au passage des clients, mais eux ne la voient pas, toujours pressés ils l’ignorent jusqu’à la bousculer. Elle connait les habitués venant aux jours et heures réguliers, surtout les retraités du Lundi matin faisant la chasse aux promos, ils lui sourient, ils ont le temps.. Pour tous elle reste aimable, elle doit être aimable auprès des grincheux comme ce râleur l’invectivant.

          --- Vous avez encore déplacé les rayons, les articles ne sont jamais à la même place.

           --- Peut-être Monsieur, peut-être…

           --- Mais je connais cette voix, ce râleur est mon voisin de palier, évidemment il ignore que je travaille ici, nous n’avons jamais vraiment échangé. Si par hasard je le croise à l’entrée de l’immeuble, sans vraiment remarquer qui je suis, il me dit à peine bonjour, sacoche ordinateur en bandoulière,  en grande conversation son portable à la main.

    Quand Marie rentre chez elle en fin de matinée, elle le rencontre, lui, frais comme un gardon, elle, marchant au ralenti en pensant que sa journée n’est pas terminée, d’autres tâches l’attendent.

    Annick D.

  • Poème de J.Yves "Régine la grande dame du cabaret"

    Le décès de Régine inspira Jean-Yves.

    REGINE, La grande Dame du cabaret

    Elle était la reine de la nuit
    Une longue partie de sa vie,
    La grande star du cabaret
    Son enthousiasme plaisait.

    Interprétant son répertoire
    Joli à entendre,
    Belle dans sa robe noire
    Elle nous a laissé des rêves tendres.

    Autour de son cou, un boa
    Devint son emblème,
    Même, elle le chanta
    Fréquemment sur scène.

    Née sous une bonne étoile
    S'est envolée comme un voile
    En mémoire les fêtes qu'elle apporta
    Avec toute sa joie.

     J ÿ D

  • Nouvelles "Un rayon de soleil"

    Les derniers jours d’été sont là. Après tout, le vingt-deux Septembre je m’en fous, comme chantait Brassens.  Le ciné du quartier n’a pas ouvert ses portes, peu importe, ce n’est pas un temps à rester enfermé. Je vais me faire une séance ciné en plein air en m’installant à une terrasse.

    La place du marché est toujours très animée. La brasserie "Chez Jacquot" dispose de plusieurs tables sur son trottoir. Je m’installe en retrait afin d’être tranquille, voir sans être vue. Près de moi un couple, dans la quarantaine, se tournant presque le dos, ne se parlent pas, l’ambiance semble plutôt froide, tendue. Peut-être que leurs mots sont asphyxiés dans les volutes qu’ils dispersent autour d’eux. Apparemment ils sont là depuis pas mal de temps, six verres vides sont posés devant eux.

    Soudain le ton monte entre eux, très énervés ils se lèvent brusquement, partent chacun de leur côté, en omettant de payer. Le serveur les rappelle, presse le pas, son plateau à la main. Comme par hasard, la cliente en fuite a oublié son sac déposé au sol. Le serveur s’emmêle un pied  dans l’anse du sac, et patatras, il s’étale de tout son long, face à terre. Les bris de verre lui blessent le visage, la bière renversée mousse sur le trottoir, des éclaboussures atteignent mon pantalon blanc.

    Le S A M U arrive rapidement sur les lieux afin de procéder aux premiers soins nécessaires au serveur, avant de le transporter à l’hôpital Bégin. Suite à cet incident les clients sont un peu excités, chacun échange sur l’évènement, certains quittent leur table craignant peut-être que les provocateurs reviennent, même le cocker d’une dame bon chic bon genre se manifeste à sa manière.

     Le gérant du bar vient me voir, bien embarrassé de la situation. Visiblement, il va me demander quelque chose. "Je suis désolée Madame de cet incident, je n’y suis pour rien, le temps n’est pourtant pas à l’orage. Comme vous étiez près de ces clients, vous avez été témoin de la scène. Je vous sollicite  afin de remplir le constat d’accident". 

    Me voilà bien, j’aurais plutôt dû aller au bois. Bon, puisqu’il le faut, je le suis dans la salle, nous nous installons à la table du fond dans la pénombre. Je réponds aux questions qu’il note en souriant tout en ne me quittant pas d’un regard insistant.

    Pourquoi sourit-il donc, il devrait plutôt être contrarié, que me concocte-t-il ? Je vais sitôt avoir la surprise. "Madame, il me semble vous connaitre. (Le coup classique). Étiez-vous par hasard au lycée Picasso ? » Mon sang n’a fait qu’un tour, mais c’est bien Jacques, soudain je reconnus le timbre de sa voix grave, son tic en se raclant la gorge, sa chevelure aussi épaisse avait blanchi ce qui lui donnait encore plus de charme, son regard attentionné derrière ses lunettes avait pris quelques rides, oui, c’était bien lui, comment ai-je pu l’oublier.

    Après cet incident de l’après-midi, la soirée s’annonce chaleureuse. J’attends patiemment la fermeture du bar. Je ne vais pas le perturber, pour ma part, je le suis vraiment. J’ai sans cesse les yeux fixés sur ma montre, que le temps me parait long ! Enfin, après avoir baissé le rideau du bar, nous nous  retrouvons comme avant, seuls, sans témoins, sans constat.

    Comme quoi, tout est bien, qui finit bien. C’est mieux qu’une séance de cinéma. Même après le vingt- deux Septembre, c’est toujours l’été. Ce soir nous avons dix-huit ans.

    Annick D

  • Nouvelle : Un bout de chemin

    Il est cinq heures Paris s'éveille. Après une nuit blanche bien fêtée entre amis, Pierre rentre chez lui, la tête dans les étoiles. Traversant le jardin du Luxembourg désert à cette heure-ci, piétinant les feuilles mortes répandues dans les allées, son passé lui colle aux basques tout comme la terre boueuse sous ses chaussures. 

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