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Conte "Métamorphose"

IIl était une fois, un pays éloigné de notre monde, un pays soi-disant inaccessible. Personne n’osait s’y aventurer par crainte de ne jamais pouvoir revenir. Des bruits couraient que certains petits malins avaient eu la curiosité de s’y rendre, on ne les a jamais revus.
Si malgré tout, quelque courageux serait tenté d’entreprendre cette aventure, nul ne saurait où il mettrait les pieds, il devrait marcher, marcher, surtout ne pas s’arrêter devant les obstacles même si des bruits bizarres à chaque pas résonnent de tous côtés. 

Au loin, à plusieurs jours de marche, on aperçoit le sommet d’une montagne rocheuse supposée déserte. Les nuits de violents orages cette montagne se fissure, les roches s’écroulent dans un bruit de tonnerre jusqu’à atteindre un lac sans fond. Ce lac aux eaux visqueuses grouille d’animaux aux formes étranges, sans queues ni têtes. Ces bestioles gonflées par la pollution ou desséchées par un manque de nourriture flottent à la surface laissant une odeur nauséabonde à des kilomètres à la ronde.

- Il y a bien de la vie là-haut disait-on ; puisque personne n’en revient, c’est peut-être un nouveau monde, un monde meilleur. Qui veut bien s’y aventurer, qui veut prendre le risque de ne jamais revenir ?

Olivier, un jeune homme de la contrée, dans la force de l’âge, ne craignant pas les obstacles ni les racontars des trouillards, n’ayant rien à perdre puisqu’il ne possédait ni bien, ni lien, ne se fit pas prier. Peut-être aurait-il tout à gagner, surtout la fierté de son courage, il décida d’atteindre le sommet de la montagne rocheuse, la montagne qui fait peur, la montagne mystérieuse.

À la nuit tombée, à l’heure où tous les peureux sont emportés dans leur sommeil, le jeune homme se couvre chaudement et part guidé par son instinct et son envie de voir plus loin. C’est la nuit noire, pas de lune pour l’éclairer, pas d’étoiles pour l’orienter, aucun souffle d’air pour le diriger. Dans ce silence il n’entend que les battements de son cœur entre le bruit de ses pas. Doit-il s’arrêter, doit-il faire demi-tour, va-t-il survivre à cette épreuve, à cet instant il hésite, mais se souvenant de ce que les anciens lui disaient.

- Tu t’engages, tu assures.  Alors il n’abandonnera pas.

Le jeune homme décide de passer la nuit dans une clairière jusqu’au lever du jour, il s’allonge sur une litière de fougères humides et plonge aussitôt dans un profond sommeil. Emporté dans son monde onirique, une chouette lui souffle.

-  En traversant la rivière tu poseras le pied sur un caillou plus chaud, plus gros, plus brillant, un caillou arc en ciel, un caillou différent des autres. Baisse-toi, mets le dans ta poche, il t’irradiera d’’énergie, tu te sentiras plus fort pour continuer.

À son réveil, Olivier part tout guilleret jusqu’à la rivière. Ah que cette eau est claire, il se désaltère patauge nage, puis reprend son chemin tout ragaillardi, mais après quelques heures de marche il se sent épuisé, vidé. Soudain il s’aperçoit qu’il n’a pas ramassé au fond de la rivière le caillou magique censé lui apporter l’énergie pour continuer. Non, il ne va pas rebrousser chemin, il se passera bien de ce banal caillou, soudain la petite voix lui rappelle.          

- Tu t’engages, tu assures. Alors il n’abandonnera pas. 

À la croisée d’un sentier broussailleux il rencontre un jeune renard qui lui dit.

-  Si comme moi, tu traverses ce buisson de ronces sans une égratignure, tu seras le plus courageux de toute la contrée, pour atteindre ta montagne tu dois passer par là, aucun autre chemin n’est possible. 

S’imaginant plus souple que le renard, Olivier prend son élan, s’accroche à la première branche venue, mais la branche desséchée se casse, il tombe au beau milieu du buisson d’épines, en sang il hurle de douleur.

-   Renard de malheur, tu ne me fais pas peur, demain viendra ton heure.

-  Eh mon gars, rien ne sert de tricher pour faire le brave, que veux-tu prouver, je suis plus malin que toi, se moque le renard, je connais toutes les ruses pour vivre dans la nature. Écoute-moi, plus loin tu traverseras un champ d’herbes sauvages à l’odeur pas très attrayante au premier abord, mais bienfaisantes assurément, roule-toi dedans, elles absorberont ta douleur. Surtout ne les goûte pas, elles te transformeraient en monstre vert.

Pressant le pas, Olivier atteint le pré aux vertus soi-disant revigorantes, hume son odeur plutôt excitante, se roule dedans tout en se frottant les membres. En peu de temps ces herbes lui procurent une énergie qu’il n’avait pas ressentie jusqu’alors, un don de la terre certainement, il en a bien besoin s’il veut atteindre une caverne aperçue au loin proche de la montagne. Avançant à grands pas, il arrive à l’entrée de de cette grotte sombre envahie de toiles d’araignée, sentant l’humidité. Près d’une chaise à trois pieds, une marmite en fonte brisée, un vieux métier à tisser tout aussi bancale seraient-ils un signe de vie, peut-être y a-t-il un escalier. Hélas non, ce lieu doit être abandonné depuis fort longtemps, si quelqu’un vivait ici autrefois, le renard a dû en faire son festin en quelques bouchées.

Plus que quelques chemins à arpenter et la montagne est à ses pieds, il va devoir escalader ces roches afin d’atteindre le sommet tant rêvé, il hésite, non il ne va pas abandonner si près du but. Soudain, venant de là-haut, il entend l’écho d’une voix éraillée lui crier. 

- Tu t’engages tu assures. Alors il n’abandonnera pas.

 Du haut des cimes, une vieille sorcière édentée lui lance une corde de lianes tressées.

-  Accroche-toi à cette corde, tu te sentiras pousser des ailes. Sache que je me suis cassé les dents avant d’atteindre mon paradis. J’ai épuisé toutes les forces de mes bras, je mordais cette corde à pleine dents, je ne l’ai jamais lâchée jusqu’à atteindre mon but, allez lance- toi, tu en es capable.

Soudain, sentant une gêne sous sa chaussure, Olivier se souvient du caillou arc en ciel ignoré dans la rivière, son pied irradié d’énergie devient chaud, brûlant. Sans effort il est propulsé jusqu’à la corde magique, En un tour de mains il se hisse, se sent aussi léger qu’une plume. De là-haut, la vieille sorcière édentée lui tend ses bras décharnés entre ses longs cheveux emmêles.

-  Surtout ne lâche pas. Tu t’es engagé, tu as assuré, tu n’as pas abandonné, tu vas être récompensé, je t’invite dans mon jardin d’Éden. 

Le jeune homme fier d’avoir atteint le sommet, n’en croit pas ses yeux en découvrant l’autre versant de la montagne. Une vallée ensoleillée verdoyante et fleurie à perte de vue s’offre à lui.

La sorcière se sentait bien seule depuis quelques temps, heureuse de ce nouveau-venu elle l’enserre, le sentant différent des autres elle lui confie son secret.

- Dans ce lieu, la variété de ces plantations se côtoie sans détruire l’autre, pas de fort, pas de faible, ce n’est pas comme chez les individus d’en bas, ce monde d’où tu viens.

- Ma laideur a un certain pouvoir, je peux transformer tout être humain en ce que bon me semble. Pour mon bon plaisir, les aventureux venus jusqu’ici, les envieux les orgueilleux, je les ai transformés en végétal sous une autre peau. Aidée de mes ongles crochus je sélectionne le meilleur d’eux-mêmes, j’élimine les mauvaises herbes.
Te souviens-tu de leur forme humaine, tu les reconnaitras sans tarder. Le bouleau était le plus paresseux du village, le cactus blessait les faibles jusqu’à ce qu’ils pleurent à chaudes larmes, le chêne dominant ses proches, affirmait qu’il était le plus grand, le plus beau, jurait qu’il leur survivrait tous. Le roseau ne voulant pas se creuser la tête, pompait l’eau de ses voisins pourvu qu’il ait constamment les pieds dans l’eau. La marguerite s’abandonnait au bon vouloir de chacun à condition qu’elle soit aimée, le lierre très envahissant s’accrochant au moindre appui, ne se faisait pas prier pour l’effeuiller sans lui demander son avis. À l’ombre, les violettes restaient discrètes craignant d’être cueillies ou piétinées par les promeneurs du Dimanche

- En parcourant ces allées, tu devineras tes amis d’en bas sous leur nouvelle apparence, tu seras parfois surpris, désolé ou ravi.  Plus loin, tu seras attiré vers une roseraie parfumée, elle te rappellera les femmes que tu as rencontrées jusqu’alors. Longeant la tonnelle ombragée, une prairie de pétales aux mille couleurs, aux mille parfums t’enivrera, fais-en ta couche, je te promets les plus douces nuits que tu n’aies jamais connues jusqu’à ce jour.

- Et alors ma sorcière du nouveau monde, quelle sera mon apparence ?

- Toi, je te garde tel que tu es, tu es sauvé par ta volonté, ton humanité, je te transmets mes pouvoirs.

- Tu seras le jardinier de ce paradis. 

AnnickD

 

 

Commentaires

  • Ça fait du bien de se faire raconter des histoires
    Et toujours une jolie plume Marie Dp

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